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Innovation : le paradoxe nantais ?


Au regard des indicateurs généralement utilisés pour qualifier l’innovation industrielle et le développement de la recherche, Nantes et sa région occupent une place relativement modeste dans le panorama français. Pourtant, le développement économique y est très soutenu et l’industrie y fait face avec moins de difficultés qu’ailleurs aux défis de la mondialisation. Comment expliquer ce paradoxe apparent ? Et si, au-delà des chiffres, l’économie locale formait un terrain fertile à l’innovation ? Les statisticiens aiment les formules magiques
La mesure de l'intensité technologique industrielle s'apparente à l'une d'entre elles : la ventilation des secteurs d'activité, classifiés par degré d'intensité technologique, permet d'appréhender la réalité d'un tissu économique.
L'exercice comporte un intérêt certain : il met en particulier en exergue le phénomène de concentration des activités industrielles françaises sur les activités fortement productrices de valeur ajoutée, alors que les industries faiblement technologisées voient leurs effectifs fondre, notamment sous les effets de la concurrence mondiale.
De 1997 à 2004, on enregistre ainsi dans les dix principales métropoles françaises un phénomène très net de contraction des effectifs industriels (-2%), particulièrement marqué dans les industries à l'intensité technologique la plus faible (-10%), alors que les activités industrielles de haute technologie tirent leur épingle du jeu, en voyant l'emploi progresser de 4%.

L'innovation industrielle locale : des performances globales modestes ?
Appréhendé au travers de cet indicateur, le degré d'intensité technologique des industries nantaises apparaît relativement conforme à la moyenne des grandes métropoles françaises, puisque les activités de haute technologie rassemblent 20% des effectifs industriels de la métropole, pour une moyenne de 22% . La performance situe ainsi l'industrie nantaise loin derrière Toulouse (27% des effectifs dans des activités de haute technologie, essentiellement aéronautiques et spatiales), mais devant Marseille, Strasbourg, Lille ou Nice.
Les données publiées par l'Observatoire des Sciences et des Techniques (OST) mettent en exergue une réalité régionale moins favorable. Comparées aux taux nationaux, les performances locales apparaissent globalement médiocres tant pour le nombre de chercheurs rapporté au nombre d'habitants (5,1 pour 10 000 habitants en Pays de la Loire, pour 12,5 en France), que pour les dépenses R&D de recherche industrielle rapportées au PIB (7,5 contre un taux national de 15,3).

Le paradoxe nantais
Est-ce à dire que la région, et singulièrement sa métropole, serait rétives à l'innovation industrielle ? La conclusion serait trop hâtive.
Derrière le constat, demeure en effet un paradoxe : sur la période considérée, Nantes échappe au phénomène général de concentration de la croissance des effectifs industriels sur les seules activités de haute technologie.
Les effectifs industriels progressent de 2 % sur le bassin d'emploi, et l'écart enregistré entre l'évolution des effectifs dans les activités de haute (+ 5 % d'effectifs) et de basse technologies (- 4 %) y est le plus faible de tous les bassins d'emplois considérés. Les activités de moyenne technologie voient sur Nantes leurs effectifs croître (+ 4 %), tandis qu'ils régressent au plan national (- 2 %).
Ce paradoxe constitue une spécificité du territoire qui mérite qu'on s'y arrête. Il laisse en effet à penser que, si l'innovation constitue l'un des moteurs du développement industriel, les entreprises nantaises ont acquis une capacité particulière à développer des process et produits innovants leur permettant de répondre aux contraintes et aux évolutions de marchés globalisés, et ceci y compris dans des types d'activités moyennement technologisés.

Un dynamisme singulier des PMI-PME
L'une des clés d'explication du paradoxe nantais semble tenir dans le dynamisme particulier des petites et moyennes entreprises locales en matière d'innovation et de recherche.
La structure des dépenses de R&D d'entreprises en Pays de la Loire présente en effet un profil singulier au regard de la moyenne nationale : les entreprises régionales de moins de 500 salariés concentrent 1/3 des dépenses globales R&D privées, contre 1/5 au plan national. Elles emploient 44 % des chercheurs en entreprises, contre moins de 30 % en moyenne française.
La situation tient sans doute dans la présence massive sur le territoire de PME-PMI sous-traitantes de rang 1, de grandes entreprises de secteurs technologiquement très évolués, tels l'aéronautique ou l'électronique. Ces deux secteurs concentrent en effet à eux seuls 57 % des dépenses R&D des entreprises locales, soit 10 points de plus que la moyenne nationale. Le phénomène est également très marqué pour les dépenses de R&D dans le secteur des services, qui rassemble 10 % des investissements régionaux en recherche et développement, soit 10 fois plus que la proportion constatée nationalement.  
Ces PME-PMI, qui semblent trouver dans leur souplesse et leur réactivité une capacité à innover, bénéficient en outre de la présence d'un réseau local de soutien cohérent.

Un dispositif actif et efficient d'aide et d'accompagnement à l'innovation
La part des entreprises régionales dans les aides attribuées par l'ANVAR (aujourd'hui adossée à la BDPME au sein d'OSEO) apparaît ainsi très supérieure au poids économique régional, tant pour le nombre d'entreprises bénéficiaires (supérieur de 30 % au poids économique régional), que pour les sommes concernées (supérieures de 20 %).
Cette surreprésentation des industries régionales dans les dispositifs d'aide se vérifie également en matière de crédits d'impôts recherche, à hauteur de 20 % .
Innovantes et intelligemment opportunistes, les entreprises régionales savent donc aussi l'être dans leur recherche de soutien à la mise en œuvre de leurs politiques d'innovation industrielle. Elles peuvent compter sur un réseau local cohérent d'acteurs, structurés autour d'organismes spécialisés dans le développement et le transfert technologique, au premier rang desquels Atlanpole, la technopole nantaise, Pays de la Loire Innovation, qui s'apprête à rejoindre la Société d'Economie Mixte appelée à devenir un acteur majeur du développement économique impulsé par le Conseil régional, ou encore de la CCI de Nantes Saint-Nazaire, à travers  par exemple son dispositif "Déclic'innovation".
La volonté forte des acteurs locaux a récemment trouvé sa traduction dans la signature entre le conseil régional et OSEO - ce qui représente une première nationale - d'une convention-cadre pour compléter l'offre de financement faite aux TPE et PME pour mieux traverser les étapes déterminantes de leur développement . Ce partenariat renforcé débouchera notamment sur un soutien accru aux efforts d'innovation : un Fonds régional d'innovation en Pays de la Loire (FRI) est ainsi constitué, doté par le Conseil régional et OSEO/Anvar pour 2,4 M€ par an.

Un consensus local pour développer une recherche académique de pointe
Au-delà de ces dispositifs de soutien à l'innovation industrielle, l'une des caractéristiques locales tient dans la collaboration permanente entre tous les acteurs publics, académiques et consulaires autour d'une ambition partagée de développement des pôles de recherche.
L'action porte ses fruits, puisque les équipes nantaises occupent aujourd'hui les premières places dans les secteurs des biotechnologies - appliquées tant à l'agroalimentaire qu'à la santé humaine et animale -, des matériaux qui permettent à l'industrie aéronautique et au secteur du nautisme de connaître un développement sans précédent, ou encore du génie civil.

À l'image des PME-PMI locales, ces centres de recherche trouvent sans doute en partie dans leur taille modeste la capacité à faire preuve d'une grande réactivité, et d'un sens de l'adaptation essentiels au développement continu de l'innovation.
Tout l'enjeu du développement de l'innovation tient désormais dans la capacité à assurer tout à la fois la persistance de cette agilité des structures locales et leur nécessaire croissance, afin d'atteindre un niveau de masse critique susceptible d'apporter au territoire une visibilité indispensable pour attirer de nouveaux investissements, notamment à l'échelle européenne.
 

publié le 13 juin 2006

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