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Enseignement supérieur : destination entreprise


Selon de nombreux acteurs de l’enseignement supérieur, le rapprochement école/entreprise existe depuis longtemps. La nouveauté aujourd'hui réside dans une volonté à structurer les actions de partenariats et à développer, au sein des écoles, des services destinés à gérer les relations avec l’entreprise.
Il y a deux ans, Jean-Jacques York a créé le service «Développement industriel et gestion financière». Ainsi, le directeur des relations avec les entreprises à l'Ecole Centrale de Nantes a souhaité mettre en place une interface entre la recherche de l'école et les acteurs socio-économiques. D'après lui, « il était important de formaliser les actions de partenariats ».
Cette initiative n'est pas isolée. A Audencia, l'Ecole de management nantaise, il existe un département « Entreprises et Entrepreneuriat ». Ce service entend développer les échanges, les rencontres entre étudiants, entreprises et enseignants chercheurs. Toutes ces initiatives soulignent une volonté de développer des relations privilégiées avec l'entreprise et de construire des partenariats durables.

Professionnaliser les étudiants

En plus du traditionnel stage en entreprise, les actions de rapprochement école / entreprise se sont multipliées. L'entreprise peut notamment intervenir dans l'enseignement, tous cursus et filières confondus, par le biais de cours, de conférences ou de visites. Ce fonctionnement, apanage autrefois des formations techniques, s'est ouvert à d'autres filières : aujourd'hui, Audencia compte plus de 300 intervenants professionnels dans ses différents cursus.
Philippe Cochet est à la fois enseignant à l'IUT Génie mécanique de Nantes et directeur de UNI TECH Synervia (centre de transfert de technologies). Impliqué auprès d'entreprises du secteur industriel, il fait bénéficier ses étudiants de sa connaissance des techniques et moyens de production. Ainsi son enseignement est au plus proche de la réalité. Ce souci de rapprochement est partagé par Süzel Eschenbrennner. La directrice de Sciences Com', l'école de communication et des médias de Nantes, surenchérit : « Il est effectivement primordial que l'enseignement proposé soit en cohérence avec les attentes de la profession ».
La tendance actuelle vise donc à « professionnaliser » les étudiants. Gilles Certhoux, responsable de la Majeure Dirigeants et Entrepreneurs chez Audencia, ajoute que c'est un moyen de rendre les étudiants plus rapidement opérationnels dans l'entreprise. Dans cette optique, chaque structure apporte sa pierre à l'édifice.

Plancher sur du concret

Sciences Com', de son côté, a choisi de déposer le concept des « Micro-agences » : des groupes d'étudiants encadrés par un enseignant. Ces « Micro-agences » doivent fournir un résultat professionnel à une question soumise par une entreprise (études de marché, mise au point d'un plan de communication ou analyse de cas). Cette dernière se comporte en véritable client en rémunérant la « Micro-agence » pour le travail effectué.
A l'Ecole Centrale de Nantes, des élèves-ingénieurs de 1ère année, réunis en petits groupes, consacrent chaque année un semestre à la réalisation d'un « Projet d'études industrielles ». Un problème industriel original lié à un objectif économique de qualité, de coût ou de production est posé par une entreprise locale. L'équipe, encadrée par  un professionnel de l'entreprise et  par un enseignant de l'école, produit une analyse de la situation et ébauche des solutions. Ici, la dimension marchande n'est pas intégrée, Jean-Jacques York insiste sur la volonté de « Centrale » de différencier l'école de l'entreprise.
Pour sa part, Audencia  vient d'élargir ses partenariats en signant une convention avec le groupe laitier Lactalis. Trois équipes d'étudiants vont composer une « direction marketing junior » et vont proposer à la direction marketing de Lactalis leurs analyses et préconisations concernant des innovations de la société.

Toutes ces mises en situation génèrent des échanges où les trois parties (élèves, entreprises et enseignants) sont « gagnantes ». Les étudiants, impliqués dans une problématique réelle, adoptent d'une part une attitude professionnelle vis-à-vis d'un client. D'autre part, ils progressent plus vite en réagissant sur les questions abordées en cours. Enfin, pour l'entreprise, c'est une occasion évidente de repérer des talents.

Echange de bons procédés

Le principe du partenariat veut que chacun y trouve son compte. Dans cette optique, d'autres « formules » originales ont vu le jour. A La Joliverie (complexe éducatif regroupant 2 lycées professionnels et technologiques et un centre de formation d'apprentis), IMA (spécialiste de la relation clients à distance notamment pour l'automobile) utilise pour ses sessions de formation, les locaux et logiciels de l'école. Parallèlement les professeurs de l'école peuvent assister aux sessions de formation de l'entreprise. Cet échange leur permet d'enrichir leurs connaissances et de rester au fait des évolutions techniques du marché.
Autre exemple de collaboration : le Pôle de Recherche et Enseignement Supérieur, « Nantes Atlantique Universités » crée en janvier 2006 et constitué d'établissements de l'enseignement supérieur nantais. Les membres de ce groupe d'intérêt scientifique ont pour projet de participer à l'émergence, à la création et à la coordination de pôles de compétitivité. En effet, les pôles de compétitivité assemblent industriels, laboratoires et écoles dans une même synergie. Ce sont aussi des instances privilégiées pour réaliser des projets de recherche collaborative.

Des partenariats qui portent leurs fruits

Les actions originales de formation, la participation aux réseaux professionnels, l'animation d'associations d'anciens élèves, toutes ces solutions de rapprochement écoles/entreprises ont en commun l'objectif de préparer de manière optimale l'entrée des étudiants sur le marché du travail. Dans ce sens, la majorité des établissements d'enseignement supérieur propose un service emploi. Les liens cultivés à travers les partenariats prennent ici toute leur signification. Les entreprises vont y déposer leurs offres connaissant la qualité des enseignements dispensés. Stéphanie Supiot est chargée de mission « Relations extérieures » à La Joliverie. Elle nous explique que « la filière Expert-comptable, par exemple, a tissé des relations privilégiées avec des cabinets qui font systématiquement appel à l'école lors de recrutement ». Du côté de Sciences Com', la constitution de réseaux permet d'obtenir un très bon taux de placement des élèves. Süzel Eschenbrenner annonce fièrement que « plus de 83% des étudiants trouvent leur premier emploi dans les 6 mois qui suivent l'obtention du diplôme ».

Et si on créait ?

Faute de trouver un emploi, certains peuvent choisir de se le créer en montant leur propre structure. Créactiv' Nantes est un projet qui, depuis 3 ans, encourage les étudiants à entreprendre. Porté par l'Université de Nantes, la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nantes et la région Pays de la Loire, Créactiv' Nantes s'est installé sur le campus universitaire. Cette installation n'est pas le fruit du hasard, selon Nathalie Schieb-Bienfait, directrice de Créactiv'Nantes, « pour accéder à un plus large public que celui des cursus professionnels, une présence sur le campus nous était indispensable ».
Créactiv' propose des ateliers : les « boîtes à idées » sensibilisent les étudiants à la création d'activité sous toutes ses formes : profession libérale, création ou reprise d'entreprises, créations d'associations, etc. La mission d'information prend la forme de conférences ou de rencontres, et vise tous les étudiants quelle que soit leur formation ou leur cycle. « L'étudiant en psychologie peut avoir le projet d'exercer seul ou de monter un cabinet pour s'associer avec d'autres personnes du monde de la santé  ce qui implique des démarches différentes » nous explique Nathalie Schieb-Bienfait.
D'autres ateliers « boîtes à outils »  ont vocation à former des étudiants porteurs de projets. Pour cela, la CCI a détaché une spécialiste de l'accompagnement à la création d'entreprise auprès de Créactiv'. Des rencontres sont organisées avec des entrepreneurs, des professionnels de la création d'entreprise, des ressources humaines, etc. La collaboration est, là aussi, très étroite avec l'entreprise.
Depuis 3 ans, 5000 étudiants ont été accueillis, 250 à 300 étudiants ont suivi des ateliers, 20 à 30 étudiants ont eu des rendez-vous pour développer un projet et, à ce jour, environ une dizaine de projets a abouti. Nathalie Schieb-Bienfait ne s'arrête pas à ces chiffres, elle apprécie la dynamique qui s'est créée autour du projet. Mais reste consciente que c'est un travail sur du long terme : « nous travaillons pour demain » précise-t-elle.
 

publié le 2 octobre 2006

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