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Ecoplage


Des bienfaits du drainage Issu de la recherche danoise, le procédé Ecoplage permet de lutter contre l'érosion des plages par un système de drainage du sable. Un procédé écologique porté par une jeune société nantaise.  
Ce qu'on aime par-dessus tout dans les histoires de chercheurs, ce sont celles où une invention géniale se révèle être le fruit du hasard, voire d'une erreur.
C'est un peu ce qui est arrivé en 1983 à Hans Vesterby, alors directeur de l'institut géotechnique danois, quand les responsables d'un aquarium géant dédié à des travaux de recherche lui demandent d'approvisionner l'aquarium en eau de mer filtrée. Il imagine alors d'utiliser le sable pour filtrer l'eau et entreprend de poser un drain dans le sable de la plage. Au bout de plusieurs semaines, le débit d'eau ayant significativement diminué, il est rappelé sur place. Il constate alors avec étonnement que la plage a augmenté de huit mètres. Il renouvelle l'opération qui se solde par un nouveau gain de sable pour la plage. Hans Vesterby comprend qu'il a découvert là un procédé bien utile pour lutter contre l'érosion des plages et dépose illico son brevet.

De l'entretien d'un aquarium géant au Danemark au sauvetage d'une plage vendéenne
Une dizaine d'années plus tard, en France, l'ingénieur Carl Linderoth, qui a entendu parler du procédé, rachète la licence et crée Ecoplage, nom qui désignera à la fois le procédé et la société commerciale. Quel pays mieux adapté que la France en effet pour expérimenter la méthode ? Des plages nombreuses aux configurations différentes, des côtes variées et toutes les conditions de marnage possibles, des plus élevés (Manche) aux plus bas (Méditerranée)...si le procédé fonctionne sur les plages françaises, c'est qu'il peut être installé n'importe où ailleurs. 

Commence alors une phase de tests. Victime d'une érosion qu'on estime de 100 000 à 200 000 m3 depuis 25 ans, la plage des Sables d'Olonne va servir de laboratoire d'expérimentation. L'Université de Nantes assurera le suivi scientifique du dispositif sous la houlette du professeur Paul Fattal de l'IGARUN (Institut de géographie et d'aménagement régional de l'Université de Nantes). Six ans après la première installation en 1999, les résultats sont à la hauteur des investissements : la plage des Sables d'Olonne a gagné 10 mètres de largeur à marée haute, entre 30 à 50 centimètres d'épaisseur, et elle ne reste plus humide à marée basse ; l'érosion a été stoppée. Le tout sans défigurer le paysage et sans se battre contre la nature, bien au contraire.

Ecoplage, comment ça marche ?
Le procédé consiste donc à enterrer dans le sable, parallèlement au trait de côte, des canalisations de drainage : l'eau apportée par les vagues s'y écoule par gravité jusqu'à un puits collecteur relié par une canalisation à une station de pompage...qui rejette l'eau filtrée à la mer. Le système permet d'abaisser le niveau de la nappe dans la plage, ce qui induit d'autres effets positifs : n'étant plus saturé en eau, le sable durcit et devient plus résistant à l'érosion ; le drainage permet d'absorber en partie l'énergie des vagues, une quantité moindre de sable est ramenée vers la mer. Il favorise surtout la percolation des vagues qui déposent ainsi petit à petit sur la plage le sable en suspension dans l'eau. Ce cercle vertueux fait d'Ecoplage une solution écologique de lutte contre l'érosion. Invisible et silencieuse, elle permet à la plage de se recharger avec son propre sable, contrairement à la méthode du rechargement qui implique le transport de sable venant de sablières. Quant au coût, d'après les estimations comparatives du professeur Fattal, il serait moins élevé que celui du rechargement. 

De l'expérimentation à la commercialisation
Après les Sables d'Olonnes, d'autres installations test suivent : Villers-sur-Mer en Normandie, Saint-Raphaël et Sainte-Maxime sur la Côte d'Azur, toujours avec le suivi des universités locales et avec la même efficacité. Pour Carl Linderoth, il est temps d'accéder à la phase suivante : la commercialisation, qui passe d'abord par la recherche de financements et d'associés. C'est ainsi qu'il fait équipe en 2006 avec Jean-Yves Audrain, l'actuel directeur général d'Ecoplage. Ce Nantais d'origine a passé la majeure partie de sa vie en Afrique et plus récemment au Cap Vert où il dirigeait un bureau d'étude lié, entre autres, au développement des réseaux d'eau potable. Les deux associés établissent un business plan et partent en quête d'investisseurs, une démarche qui aboutit le 15 décembre 2006 avec la transformation de la société en SA au capital de 240 000 euros. Ils recrutent de nouveaux ingénieurs et s'installent route de Clisson, où un atelier de 60 m² leur permet d'effectuer les analyses de sable. Entre temps, Ecoplage aura obtenu le label entreprise innovante d'OSEO ANVAR, elle aura été accompagnée par Atlanpole, et élue lauréate de Ouest Entreprendre en 2006. Son procédé validé, il ne lui reste qu'à conquérir de nouveaux clients. Et le marché est vaste. En France comme dans le monde, on estime que plus de la moitié des plages est en péril à cause de l'érosion. Le tourisme étant devenu une économie à part entière, les élus locaux sont plus sensibles à la préservation du patrimoine naturel. En France, quatre installations Ecoplage sont en cours, une cinquième étant sur le point d'être réalisée. Des contacts ont été noués dernièrement avec le Portugal et l'Italie. Hans Vesterby, le chercheur danois à l'origine du projet, est toujours de la partie : il est aujourd'hui consultant pour Ecoplage. La jeune société semble promise à un bel avenir, d'autant que pour son directeur, Jean-Yves Audrain, le procédé n'a pas encore dévoilé tout son potentiel. En effet, dans les installations existantes, l'eau récupérée par la pompe est rejetée en mer. Or, cette eau de mer filtrée peut servir à bien d'autres usages : thalassothérapie, pisciculture, « ré-oxigénation » de l'eau des lagunes, dessalement, etc.
Bref, Ecoplage n'a pas fini d'être innovante et écologique. Pour le plus grand bonheur des amoureux des plages.

 

publié le 10 juillet 2007

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